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1. Nuts

Pour la presse libre, cet « Écureuil roux, Vosges, 2022 » de ©Vincent Munnier / RSF

S/O. « Le sursaut salvateur ne peut surgir que d’un immense bouleversement de nos rapports à l’homme, aux autres vivants, à la nature. Il faut qu’une conscience écologique de la solidarité se substitue à la culture de la compétition et de l’agression qui régit actuellement les rapports mondiaux », écrivait Edgar Morin… en 1989. Relire le sociologue et philosophe de la pensée complexe – dont ses précieuses contributions (depuis 1960 !) dans Le Monde, puis Le Monde diplo – sera notre humble hommage.

Pilule rouge. L’Arcep présente une synthèse des impacts environnementaux de l’IA générative. Principale conclusion : le manque de transparence des concepteurs et des fournisseurs sur le sujet. Top. Des indices ? En France, les émissions annuelles des opérateurs de centres de données progressaient de 4% en 2022, 13% en 2023, et de 23% en 2024. En 2026 aux États-unis, des centrales au gaz sont carrément construites pour alimenter de futurs datacenters Amazon. Edgar vous salue.

Le 100. Ça sort aujourd’hui, l’édition 26 des 100 photos pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières qui présente les photos de Vincent Munier (en Une) dans la continuité de son film tout juste primé aux César, Le Chant des forêts – avec les contributions de Gilles Clément ou Estelle Zhong Mengual. Un soutien économique « essentiel » dixit RSF, qui se bat pour un journalisme libre dans le monde.

À ce sujet, on glisse les dates de la Fête de la presse libre, organisée par le Syndicat de la Presse Pas Pareille (SPPP pour les intimes), cette année le 13 juin à Lugan, dans l’Aveyron. Y aller pour le soutien, le programme et aussi pour l’ambiance.

2. Yael Naïm : « Après le 7-Octobre, j’étais dans l’incapacité de continuer à fuir tout en restant sincère »

Profondément bouleversée par la tragédie au Proche-Orient, la musicienne franco-israélienne Yael Naïm propose désormais son temps, sa notoriété et sa musique à plusieurs mouvements pour la paix et pour le droit des femmes.

Un article à lire sur Diffuz, Carenews et Pioche!, dans la série d’entretiens : « Bénévolat et engagement, quand les artistes donnent de la voix ».

Est-ce plus important encore, lorsque l’on est artiste, de s’outiller et d’apprendre auprès des personnes concernées avant de prendre la parole ?

Yael Naïm : Ces sujets sont si graves. On ne peut pas se permettre d’être superficiel. J’ai été élevée dans ce conflit. Je l’ai subi enfant, puis tiraillée entre des ami·es venu·es de partout, Liban, Iran, Palestine, Israël, au milieu de quelque chose d’atroce dans lequel tu n’as pas choisi d’être. 

Mais quand tu viens de ces régions-là, tu es forcée à te préoccuper d’un conflit que tu n’as pas créé. Pendant des années, j’avais envie de fuir ce conflit. Je suis venue en France, j’ai créé ma vie loin de tout ça. J’avais l’impression que c’était un trou noir qui allait tout avaler.

Mais avec le 7-Octobre, j’étais comme paralysée, coincée, avec l’incapacité de continuer à fuir tout en restant sincère. Je n’arrivais pas à répondre aux journalistes qui voulaient me questionner. Au bout d’un an, j’ai compris que je ne pouvais plus être passivement activiste pour la paix.

Je me suis retrouvée presque dans l’obligation de mettre les deux mains dedans, et de devenir activiste pour quelque chose. J’ai voulu rejoindre des personnes qui sont pour moi les plus légitimes pour en parler, qui ont vécu le pire, et ont quand même choisi de travailler dans le sens de la lumière et de l’espoir. C’est ce qui me convenait.

Je respecte et je comprends les gens qui travaillent dans d’autres directions. Il y a aussi besoin de révolte, de colère. Tout a une place. Moi, j’ai choisi cette voie-là. (…)

Ces endroits vous font du bien quand vous y êtes ? Que se passe-t-il en vous quand vous chantez au milieu de ces femmes pour cette cause-là ?

Oui, cela me fait du bien, complètement. Je sens qu’une autre sensibilité peut s’exprimer librement. Heureusement, il y a aussi des hommes. Mais c’est mené par des femmes, pour défendre des intérêts de femmes. Ce serait génial qu’il existe de grosses fondations menées par des hommes contre les violences faites aux femmes. Mais pour l’instant, il y a une place libre et ce sont les femmes qui l’occupent.

Les femmes et les enfants sont les premières victimes des crimes de guerres, des viols ou autres. On est face à beaucoup, beaucoup de violences. Ces associations-là  agissent pour que celles-ci, à 98% commises par des hommes, cessent.

« Il est temps d’accepter que la beauté de la vie, c’est le mouvement, la diversité ; que c’est insaisissable, riche, divers, complexe »

Utiliser ma musique dans un contexte engagé est venu de manière naturelle. Parce que cela réunit la vraie vie, l’art, et le contexte. C’est très, très fort. Et je me sens un tout petit peu utile. La musique sert à exprimer ce que l’on vit, autant comme individu que comme collectif. (…)

Vous racontez qu’avoir pris conscience du peu de femmes compositrices vous a donné très jeune l’envie de le devenir. Faire ce qui semble impossible, a fortiori en tant que femme, c’est aussi ce qui vous porte ?

Oui. Et ensuite, lorsque quelqu’un l’a fait, ça devient un exemple et possible. Ce sont des structures sociales. L’être humain cherche toujours une place dans un collectif. Celui-ci peut offrir la possibilité d’être soi-même, mais il peut aussi étouffer et forcer l’individu à se comporter de manière trop stricte.

À quoi ressemblerait un collectif qui accueillerait notre complexité, nos particularités, qui s’enrichirait de nos milliards de manières de penser, avec leurs nuances, plutôt que de le redouter et tenter de tout simplifier en une mono-pensée ? (…)

Depuis toujours, on ne sait pas comment accueillir notre complexité et notre diversité. On devrait prendre exemple sur ces collectifs qui ont réussi, comme les mouvements queer.

Il est temps d’accepter que la beauté de la vie, comme celle de l’eau et de la nature elle-même, c’est le mouvement, la diversité ; que c’est insaisissable, riche, divers, complexe. Et que toute tentative de l’ordonner finit par l’endommager, voire tuer la vie elle-même, et toute la beauté qu’elle nous propose.

Lire la suite de l’article sur piochemag.fr.
Et aussi sur Carenews, en collaboration avec Diffuz, by Macif.

3. Seven Days

5-7 juin, Paris. OK, la prog musicale est indécente. Mais We Love Green, c’est aussi Djamil Le Shlag, Aymeric Lompret, Camille Étienne, Seumboy Vrainom, Piche, Gabriel Malek, Charlotte Lemay, Blanche Sabbah, Émilie Tronche, Féris Barkat et Banlieues Climat, François Saltiel et Mami Watta, Rey Mendes et Kaoutar Harchi, Apolline Bazin et Brigitte Gothière. Et tant pis pour Gorillaz et Theodora.

6 juin, Aubervilliers. Pas de bol, Mediapart fait son festival « populaire, festif, écolo, féministe et antiraciste, gratuit » ce même samedi. De grands débats et émissions en direct (Joëlle Zask, Aurélie Trouvé, Blandine Rinkel, Arnaud Idelon, Edwy Plenel, Lilian Thuram…), des concerts (GiedRé, Médine, LY, Dyke Ménopause, Aziz Konkrite…), expos, signatures de livres, ateliers, balades urbaines, etc. Choisir, c’est renoncer.

5-13 juin, Marseille. « Marseille la nouvelle capitale de la mode consciente. » Tel est depuis l’an dernier le pari du collectif Baga, qui, après une folle première édition – 10 000 personnes, 150 retombées presse en France et dans le monde entier – ouvre sa 2e édition de la Slow Fashion Week : 50 événements pour « penser et vivre la mode responsable » entre défilés, ateliers, pop ups, expos, confs, perfs et portes ouvertes. Le futur.

6-7 juin, Montlieu-La-Garde (17). C’est quoi un festival de théâtre contemporain dans un village de 1300 âmes ? C’est le fil rouge tenu par la Cie Les Mille Printemps, et son rdv annuel Le Bruit des Printemps, et qui s’affine toujours plus vers la place du corps, de la fête et donc de la danse comme médium universel pour aborder les enjeu actuels, et donc le collectif, la joie, les libérations. Avec Laurène Marx, Rok&Dudu, un bal trad, Mapie Nalbandian… Et c’est à nouveau exceptionnel. À vivre.

On note aussi la semaine prochaine du côté d’Amiens la 7e édition du festival Minuit avant la Nuit (11-14.06) qui associe une prog passionnée (Domenique Dumont, Solann, Thylacine, Bertrand Belin, Gaël Faye…) à une attention particulière à l’éco-production de l’événement. Du beau boulot.

4. Passé chez Pioche!

5. Pour la plage (oui, déjà)

Les mags. Le nouveau Climax est là et il est ma-gni-fique (on veut le maillot ici !), tout comme le Socialter d’été – en précommande – avec Myriam Bahaffou, Alessandro Pignocchi, Lumir Lapray ou Planète Boum Boum. On aime aussi le Belge Feral, et son n°4 « mediéval » qui interroge, non sans malice, les imaginaires précoloniaux et précapitalistes dans le Moyen Âge ; et

Les livres. Attac sort Taxez les riches ! Éloge de la progressivité de l’impôt. Julien Vidal (2030 Glorieuses) signe À quoi rêvons-nous ? Comment réinventer nos imaginaires avec Paloma Moritz, Jean-Pierre Goux, Lumir Lapray et Rob Hopkins. Le jeune rappeur écolo César RLM publie J'ai 13 ans, le futur ? Même pas peur ! chez La Mer salée. Et l’auteur de Boum Boum: Politiques du dancefloor Arnaud Idelon (notre interview) persiste avec Culture low cost.

Le webzine. Le jeune média Rural termine son cycle « Culture(s) en plein champ », une série de reportages, enquêtes et portraits au cœur des campagnes du « Grand Ouest » où se font entendre d’autres voix « ignorées ou méprisées » – rap rural, free parties, chorales féministes, etc. – qui s’affranchissent des tourmentes budgétaires et réactionnaires, dit la rédaction, « et ce souvent depuis bien longtemps ».

Le discours. En 15 minutes, Aurélien Barrau évoque l’IA, la guerre, Trump – qui « nous force à assumer notre barbarie » – le militantisme, l’échec des petits gestes, des grands efforts comme de la morale face à notre destruction du vivant. Et d’en appeler à adopter un rapport non plus prosaïque mais « poétique » au monde, dans un discours puissant qu’un Edgar Morin n’aurait sans doute pas renié. On vous laisse en juger.

6. Six papiers

7. On se suit

🤓 Merci d’avoir parcouru jusqu’ici cette nouvelle édition de Pioche!. Qu’en pensez-vous ? Écrivez-nous (sans filtre) à [email protected].

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