1. FRANCE DE PAPIERS

One Piece comme philosophie politique et récit de libération de la Gen Z (Club de Mediapart, 28.10).
Aya Nakamura, la chanteuse de la France populaire qui ne s’excuse pas d’exister (Mediapart, 27.10).
Nicolas Sarkozy, parrain de l’union des droites (Le Canard Enchainé, 27.10)
« L’ex-président se démène pour promouvoir une alliance droite-RN après la victoire, qu’il juge inéluctable, de Marine Le Pen. Non sans arrière-pensées judiciaires... »
Le million, le million. Ce matin, la pétition Supprimer CNews de l'audiovisuel français atteint les 800 000 signatures. Comme celle contre la loi Duplomb et ses 2,1M de ratifications, signer ne fera peut-être pas bouger la loi, mais se compter (en grand nombre) c’est au moins se donner de la force pour la suite. Faites chauffer les groupes WhatsApp.
2. Désinformation sur les migrations, biais racistes : pourquoi journalistes et rédactions s’unissent derrière la Charte de Marseille
En 2025, journalistes, rédactions, écoles de journalisme et syndicats se sont unis pour créer la Charte de Marseille, un cadre collectif pour aborder de façon complète les sujets journalistiques liés à la migration, sans instrumentalisation et avec méthode.
Un nouvel outil déontologique pour le traitement de l’info, alors que le changement climatique amplifie les enjeux migratoires, et que la profession s’inquiète de dérives de médias comme CNews ou BFMTV. Notre journaliste Adèle Croisé a rencontré sa porte-parole Julia Montfort à la mi-octobre.
Lancée le 29 avril 2025 lors des Assises du journalisme, la Charte de Marseille sur l’information et les migrations se veut la « petite sœur » de la Charte pour un journalisme à la hauteur des enjeux écologiques, publiée en 2022 et signée depuis par plus de 2 000 journalistes et une cinquantaine de rédactions.
À son tour, celle-ci a rassemblé de nombreux·ses journalistes, des rédactions (Mediapart, L’Humanité, Splann!…), des syndicats et des écoles de journalisme, décidé·es à relever les défis posés par la couverture des migrations. Une exigence d’autant plus nécessaire quand les catastrophes climatiques ont déjà provoqué 250 millions de déplacements internes en dix ans, soit environ 70 000 par jour.
Quant à l’article 4 de la Charte de Marseille, « Veiller à ne stigmatiser aucune population », il résonne tout particulièrement dans le contexte actuel : une pétition réclamant l’interdiction de CNews a recueilli, à ce stade, plus de 700 000 signatures après que l’auteur de l’attentat de Trappes a invoqué le rôle des médias dans sa construction idéologique.

©L’Express
Pourquoi a-t-on besoin d’un outil comme la Charte pour parler de migration ?
Julia Montfort : Dans son livre Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite, Sylvain Bourmeau explique comment tout un pan de médias dits de droite, ou même de gauche, ont fait le lit des idées d’extrême droite sans vraiment le vouloir, mais ont imposé ces idées-là. Sur les questions de migration, c’est très flagrant.
On associe très souvent l’immigration à des questions de délinquance, de criminalité. Ou alors, à l’opposé, à de la vulnérabilité. Or la migration est un sujet qui touche aux questions environnementales, d’éducation, de politique, de géopolitique, et d’économie. C’est un sujet qui mérite d’être traité dans sa transversalité.
« Le traitement médiatique qui est proposé au public nous semble biaisé et tronqué »
Avec différent·es journalistes, nous avons pris acte de la nécessité d’un sursaut pour permettre au public d’envisager cette thématique de manière beaucoup plus diverse et variée. Cela, au moment d’une polarisation extrême qui s’opère sur ces sujets, avec une surmédiatisation et une surreprésentation dans les médias d’opinion, qui imposent cette thématique et ses préjugés accolés comme une priorité.
Cette charte vient donc permettre aux journalistes français·es de se remettre en question sur le traitement médiatique qui est proposé au public qui nous semble biaisé et tronqué, manquant de transversalité. (…)
Comment expliquer l’absence des scientifiques et de chercheurs et chercheuses sur les questions de migration dans les médias de grande écoute ?
Parce que c’est le règne de l’opinion et des éditorialistes. Il n’y a pas plus belle marchandise médiatique que le sujet des migrations, instrumentalisé à la fois par certains médias d’opinion et par certaines personnalités politiques. C’est vieux comme le monde. L’émergence et le renforcement de ces médias d’opinion dicte l’agenda médiatique autour de ces questions, sans faire aucune place aux chercheurs et aux chercheuses.
Certain·es refusent d’ailleurs de s’y rendre. Car aller sur le plateau de CNews pour expliquer que oui, la théorie du grand remplacement est une théorie raciste, et qu’Aurore Bergé, qui est quand même ministre de la lutte contre les discriminations, se trompe quand elle affirme que c’est légitime de se poser la question, c’est compliqué. Parce qu’en face, vous risquez de vous exposer à des questions à charge.
« On aimerait que les médias du service public puissent se former, et être à la hauteur »
Un manque de rigueur et d’honnêteté est également présent. Et c’est là où on touche aux questions de déontologie. Les journalistes sont là pour exposer des faits étayés et vérifiés, pas des opinions sur les migrations.
L’idée de la Charte de Marseille, c’est vraiment d’amener les journalistes à se former sur ces sujets. Et se rendre compte qu’il faut se rapprocher de la recherche, et inviter des chercheuses et des chercheurs en plateau.
Le chemin est long. On ne se fait pas d’illusions sur certains médias, mais on aimerait que les médias du service public puissent se former, et être à la hauteur. On y voit encore trop souvent de l’opinion et de fausses informations sur ce sujet. (…)
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3. LE BITUME AVEC UNE PLUME
« Renouer avec la terre est aussi une manière de se réancrer. En particulier pour les populations non blanches. À force de leur répéter à longueur de temps que cette terre n'était pas la leur, beaucoup ont fini par intérioriser cette croyance. Le désancrage est aussi dû aux conditions matérielles des espaces qu'iels occupent : la terre est souvent recouverte par le bitume et disparaît du paysage comme du langage.
« On ne parle jamais de « terre » mais de « zone » : zone d'éducation prioritaire (ZEP) ou zone urbaine sensible (ZUS). Là où on évoque volontiers la « terre bretonne » ou le « plateau du Larzac », les quartiers populaires sont désignés par un vocabulaire administratif qui les exclut du territoire. Cette novlangue vise à déterritorialiser celles·eux qui occupent ces espaces.
« Or, il est impossible de lutter sans ancrage. Les mobilisations contre les grands projets inutiles en offrent une illustration. Des centaines de militantes se déplacent pour empêcher la construction d'une infrastructure industrielle, parfois loin de leur propre lieu de vie. (…). Partout, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou ailleurs, ces militantes ont agi comme si cette terre était la leur, parce qu'iels la considèrent comme un bien commun.
« Leur pouvoir politique émane de ce sentiment d'appartenance. Comment favoriser cette puissance d'agir lorsque la terre a disparu sous le béton ? Il est impossible de libérer une terre que l'on ne voit pas. Retrouver un rapport organique et politique à la terre est une condition indispensable pour résister. »
Extrait du livre Le Camp du Bien, de la politologue antiraciste Fatima Ouassak et la journaliste féministe Alice Coffin, paru le 23 septembre 2026 aux éditions Les Liens qui Libèrent, p.145. Une synthèse des observations des deux militantes, appuyées de faits divers, de réf’ intellectuelles, et de confrontations avec plusieurs figures centristes ou réac’ (Pascal Praud, Geoffroy Lejeune…) pour mieux prôner le retour du « campisme ».
4. DANS MA BULLE
Parmi les romans graphiques et bandes dessinées sortis dernièrement, on a repéré ces bien beaux livres qui allient aussi bien le fond que la forme. Dans la rubrique « idées de cadeaux pour lancer le débat à Noël »...
Sergio Illescas et Mario-Paul Martinez, Les Rien (Alifbata, le 15 octobre). Enquête sur le massacre de migrants survenu le 24 juin 2022 à Ceuta, illustré par cinq artistes afro-descendant·es.
Alessandro Pignocchi, Manifeste pour une écologie politique (Steinkis, 8 octobre). En discussion avec François Mitterrand, une outarde canepetière et une mésange social-démocrate.
Laura Pozzi, La Dernière Forêt (Actes Sud, 30 septembre). « L’inoubliable beauté de la Forêt primaire de Białowieża et l’histoire de sa gardienne Simona Kossak »
Camille de Toledo et Laurent Bonneau, Une fabuleuse histoire de l’avenir (Les Liens qui libèrent & Futuropolis, 7 octobre). « Et si la nature attaquait enfin l’humanité en justice ? »
Pierre Rigaux et Sly2, L'étoile des loups (Tana, 1er octobre). « Quand les loups attaquent le troupeau, au cœur de l'été, les humains sauront-ils partager la montagne ? »
Mathias Lejosne et Yannick Orveillon, Le poulpe noir - Une histoire du capitalisme (Le Passager Clandestin, 4 septembre). « Pourquoi le capitalisme domine-t-il le monde ? »
Olivier Dubuquoy et Philippe Squarzoni, Land - Chroniques de la colonisation spatiale (Delcourt, 3 septembre). « Musk, Bezos et d’autres encore, projettent une colonisation spatiale à court terme. Cette promesse est-elle seulement réalisable et raisonnable ? »
On profite de ce jeu de mots facile pour se remettre le clip de « Ma France à Moi », de Diam’s, sorti il y a tout pile 20 ans sur l’album Dans Ma Bulle, qui sera réédité pour l’occasion le 11 décembre prochain, et dont les textes disaient (déjà) :
« Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême
Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM (…)
Celle qui pense que la police a toujours bien fait son travail
Celle qui se gratte les couilles à table en regardant Laurent Gerra (…)
Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse
Ma France à moi leur tiendra tête, jusqu'à ce qu'ils nous respectent. »
5. DE MARS ON PART EN CROISADE…

… Oui, mais plus contre l’État avare (quoique) comme le chantait la Fonky Family en 1998, et plutôt pour faire face aux conséquences des tensions politiques et économiques actuelles, et d’un certain renversement des valeurs, sur nos événements culturels.
Organisé par le Cofees, ce 2e Focus pose ainsi la question en fil rouge : « nos événements peuvent-ils encore être festifs et responsables ? ». La bédéiste et militante féministe pour le climat Blanche Sabbah, ouvrira la discussion, vite rejointe par Marie-Paule Noël (Girlxcott / festival de BD de Perros-Guirec), Hortense Guégan (ex-Agir pour le vivant), Raphaël Herrerias (Terrenoire / Cultures Futures). Prélude d’une journée d’échanges.
D’ici là, certain·es intervenan·tes ont été invité·es à amorcer une réponse par un mot-clé. Rafaella Scheer, humoriste au sein du Greenwashing Comedy Club la nuit et travailleuse des risques climatiques le jour, a choisi : LA DANSE.
« Emma Goldman, une grande militante anarchiste et féministe du début du siècle dernier, a un jour répondu à un camarade qui lui reprocher de danser de façon trop exubérante et indigne d’une révolutionnaire « Si je ne peux pas danser, alors je ne veux pas faire partie de cette révolution ».
« Non seulement on n’a pas à s’excuser de maintenir la joie malgré la réalité du présent, mais ça fait partie intégrante de l’engagement. Si on n’arrive plus à envisager la joie, pour quel monde se battre ? Et comment embarquer plus largement si ce n’est pas avec joie ? Alors rions, dansons, et luttons ! »
Inscriptions, informations et programme complet sur le site de l’événement.
6. BYE JUAN ATKINS, LA LÉGENDE
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🎵 Cette newsletter a été écrite en écoutant l’album Clear (Fantasy, 1983) sur Qobuz du regretté Juan Atkins / Cybotron. Disparu ce 31 octobre, le père de la musique techno nous avait longuement parlé pour cet article dans Trax (2014) des années 1981-1988 qui l’ont vu créer ce genre musical (et le mot “techno”), transformer les fêtes de Detroit, la house Chicago et le Los Angeles de Dr. Dre, avant de convertir les dancefloors européens. Une légende.


