1. Mieux vaut tard

La Cour des comptes, en février 2022. Stéphane de Sakutin/AFP
Rien de plus classique. La Cour des comptes et le Haut commissariat au Plan, présidés par deux macronistes pur jus, Amélie de Montchalin et Clément Beaune, publient une série de rapports dont Le Monde se fait l’écho. Classique. Dans ce contexte, pas des plus radicaux, ces articles semblent bien porter les germes (restons prudents) d’une « rupture », voyez plutôt.
La mise en œuvre de la politique agricole commune jugée « inadaptée » par la Cour des comptes (2.09). « Les magistrats déplorent, entre autres, la faiblesse des montants alloués aux mesures agro-environnementales et climatiques, “alors même que l’enjeu environnemental est déterminant dans le secteur” ».
D’ailleurs, titre L’Opinion : Sécurité alimentaire : la Cour des comptes recadre la stratégie de l’Etat (21.09). « L’instance de contrôle alerte les pouvoirs publics sur la stratégie insuffisante de pilotage de la sécurité alimentaire de la France à moyen et long terme ». Pointant une dépendance grandissantes aux importations pour les aliments ou les intrants agricoles.
Transition écologique : le Haut-Commissariat au plan appelle à un « changement de paradigme » (2.09). « L’organisme entend montrer que la France a tout à gagner à intensifier la transition écologique afin de renforcer la souveraineté, l’habitabilité et la cohésion nationale du pays. »
Budget 2027 : la Cour des comptes relance l’idée d’un nouvel impôt sur la fortune (22.09). « L’institution préconise, pour des raisons d’équité, de créer un impôt sur la fortune personnelle et demande à nouveau de réduire les avantages fiscaux du pacte Dutreil. »
Une dernière dans Vie Publique : Participation citoyenne : des dispositifs à conforter selon la Cour des comptes (22.09). Préconisant notamment qu’une pétition déposée dans les conditions de la loi du 15 janvier 2021 induise automatiquement la mise en place d’une convention citoyenne.
Certes, la Cour des comptes (et le Plan) a déjà produit des notes similaires (ici en 2022, en 2024,…). Et bien sûr, nulle révolution en vue, ces institutions y vont à leur rythme, non sans rogner sur les dépenses de l’État (Le Nouvel Obs, 21.09), dans un cadre où la priorité est aussi donnée à la réduction de la dette publique.
Mais alors que « les nationalisations d’entreprises font leur grand retour dans le monde » (Le Monde, 8.08) et où la sècheresse historique actuelle demande à « sérieusement repenser nos organisations et comportements » (Le Monde, 22.09), ces signaux faibles rejoignent – un peu tardivement, mais mieux vaux tard… – les « intuitions » (rajouter des guillemets) portées de longue date à gauche et par une partie de la société civile, dont les scientifiques du GIEC. En ces temps de disette, on prend.
Reste la question à un million : quel camp politique s’empare sérieusement de ces sujets – et lesquels ne le font pas ? On laisse chacun·e mener son enquête. Si besoin, le média Bon Pote propose leurs-votes.fr, un (super) nouvel outil de comparaison de 1700 (!) votes à l'Assemblée, pour facilement constater « qui vote quoi ». Un constat clair.
2. « Cette forêt qui brûle est la nôtre. Après l'incendie, sortons de la monoculture pour façonner ensemble la forêt landaise » – Arthur Guérin-Turcq
Alors que la Gironde a de nouveau brûlée en 2026 avec plus de 42 000 hectares partis en fumée, le plus grand incendie qu'ait connu la France depuis 1949, Arthur Guérin-Turcq dit défendre, dans cette tribune sur Pioche!, « une position inconfortable » : « critiquer radicalement le modèle productiviste de la forêt landaise sans renier l'attachement sensible qui nous y lie, et faire de ce moment de crise l'occasion de décider, collectivement, de ce que nous voulons faire de cette forêt majoritairement privée ».
Arthur Guérin-Turcq est géographe, spécialisé dans les conflits en forêt. Il interviendra au Festival international de géographie 2026, organisé du 2 au 4 octobre à Saint-Dié-des-Vosges (88) – et dont Pioche! est partenaire – aux côtés de la géographe Magali Reghezza-Zitt, la romancière Marie-Hélène Lafon, les philosophes Matthieu Duperrex et Joëlle Zask et bien d'autres.
Que la Gironde brûle n’est une surprise pour personne. Début juillet, dans Libération, j’annonçais déjà que le pire était à venir cet été ; nous y sommes. Après Fontainebleau, la forêt landaise s’est embrasée. Le feu parti de Saumos, où ma propre famille possède une parcelle forestière, a traversé le massif jusqu’à Lège Cap Ferret, à une vitesse que rien ne venait ralentir, provoquant ensuite l’évacuation d’une partie de l’agglomération bordelaise.
Face à cela, le débat public s’enferme dans deux ornières. La première est positiviste : on refuse de chercher les causes premières de l’incendie et on s’en tient strictement à la façon de dominer le feu : combien de Canadair, quels drones, quelle intelligence artificielle pour repérer les départs de feu ? Ces questions comptent (…). Mais on aura beau accumuler les moyens, il en faudra toujours davantage tant que l’on n’aura pas interrogé, économiquement et politiquement, ce qui rend cette forêt si inflammable.

Monoculture de pins maritimes brûlée sur la commune du Porge, en Gironde, le 1er août 2026. – Pierre Larrieu / Hans Lucas via AFP
La seconde ornière est celle de l’essence : le pin maritime serait « coupable » parce qu’il brûle. C’est un raccourci. Il n’existe pas de bonne et de mauvaise essence. La diversité des essences est nécessaire face à la propagation des maladies (insectes ravageurs) mais elle ne résoudra pas le problème des grands incendies. Parce que quand un arbre brûle, tout brûle. Et vite.
Le nœud du problème, c’est la monoculture, cette manière productiviste de cultiver le pin qui optimise toujours plus l’espace et n’envisage rien d’autre que du pin, en rotations toujours plus rapides, en peuplements toujours plus denses, pour alimenter le carton d’emballage de nos colis. La forêt landaise est la première forêt cultivée d’Europe : un territoire d’extraction, arrière-pays des métropoles de Bordeaux et de Bayonne, un modèle que j’ai décrit dans un article scientifique « Le feu et le capital ».
Cette forêt s’est construite contre les gens
La forêt landaise n’a rien de naturel : elle a été plantée sur décision de Napoléon III, par la loi de 1857 sur « l’assainissement et la mise en culture » des Landes de Gascogne. Là où s’étendaient des landes humides dans lesquelles on pratiquait un agropastoralisme séculaire, on a drainé, privatisé les terres communes et planté du pin. Et ce, contre la volonté des habitants : les bergers ont mis le feu aux jeunes plants pour défendre leur territoire pastoral.
« De ce moment collectif peut naître une prise de conscience, puis la réappropriation d’un territoire »
Cette forêt s’est construite contre le feu, et contre les gens. On a bâti par-dessus un récit : celui du pin maritime « salvateur » qui aurait sorti de la misère les « pauvres Landais », éradiqué les maladies, « civilisé » un pays réputé arriéré. C’est le vocabulaire de la mission civilisatrice, celui d’une colonisation intérieure. (….) Il y a donc une lecture décoloniale à faire de cette forêt. N’est-il pas venu le temps de se libérer de la monoculture pour décider, enfin, collectivement, de ce que l’on veut faire de ce territoire ?
Allons-nous vraiment replanter ?
Cette proposition politique ne suppose pas de vouloir éradiquer le pin au nom de l’écologie car le pin maritime, de colonisateur au XIXème siècle, est devenu aujourd’hui un marqueur identitaire notre région, approprié et défendu par ses habitants. C’est ici que je voudrais défendre une position que la sphère écologiste néglige. Dénoncer le modèle sans renier cette relation sensible : voilà, me semble-t-il, l’impératif encore absent des discours critiques.
Car cet attachement, mis à l’épreuve par le feu, n’est pas un obstacle à la politisation. Au contraire, l’affect est un puissant levier de transformation. (…) Quelque chose se joue, en ce moment, qui déborde la sidération. Hier, au port de Lacanau, il y avait des agriculteurs, des bénévoles, des habitants, occupés à remplir les citernes, et à se parler. Dans nos petites villes pavillonnaires et périurbaines, ce commun-là n’a rien d’évident. L’incendie, paradoxalement, le fait renaître.
Quand les habitants s’impliquent dans la lutte, un collectif se recrée ; et de ce moment collectif peut naître une prise de conscience, puis la réappropriation d’un territoire. Je repense à Elinor Ostrom et à sa Gouvernance des biens communs : cette crise n’est-elle pas l’occasion de faire commun, un commun aujourd’hui en germe, qu’il faudrait avoir l’audace d’instituer ? Quelle forêt voulons-nous, et qui en décide ? (…)
Lire la suite de l’article sur piochemag.fr.
Retrouver tout le programme du Festival international de géographie 2026.
3. Dans le casot
4. Dehors !
En cette rentrée, l’agenda est blin-dé. On va donc y aller de façon synthétique, et pratique. Une date, un lien, un lieu, un mot. Le reste vous appartient. Bonne fin de semaine (dehors).
Jusqu’à vendredi. Convention JIRAFE des Musiques Actuelles (Paris). Ateliers et tables rondes au cœur des transformations de la musique. B2B++.
Jusqu’à dimanche. L'Aéronef présente Sustain (Lille). Musiques actuelles et idées neuves pour penser collectivement l'avenir des concerts. Prog’ de fou.
De mercredi à dimanche. Agir pour l'océan (Plouguerneau). Et si l'océan changeait notre manière de penser le monde ? Agir pour le vivant, en Finistère Nord.
Jeudi et vendredi. Le festival de l’info local FIL (Nantes). Les meilleures réponses aux défis des médias locaux viennent… des médias locaux. Le futur, forcément.
Dès vendredi. Les Fourmilières, festival Antifasciste et Solidaire (Montpellier/Nîmes). 200+ événements par 100+ collectifs. No pasarán.
De Vendredi à dimanche. M28 – La Fabrique des futurs (Montpellier). Un terrain d’expérimentation artistique et citoyenne. Avec un temps fort 2030 Festival !
Samedi. Acrimed fête ses 30 ans (Paris). Rima Hassan, Serge Halimi, Monique Pinçon-Charlot, Sandrine Rousseau, Lumi, et une fanfare. Entrée libre (!).
Samedi. So good MAIF Festival (Marseille). Johan Reboul, Confédération paysanne, Heïdi Sevestre, Camélia Jordana, Danyl, Twerkistan… À l’ancienne.
Mardi et mercredi pro. SoFEST! Forum France Festivals (Amiens). Coopérations du secteur festivalier face à la dégradation des politiques culturelles. Gros sujets.
Sans oublier les marches et manifestations prévues ces prochains jours. Samedi. Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale (dans toutes les villes de France - vraiment toutes). La marche nationale. Dimanche. Action Dimanche déter ! Pour la Ferme ! Pour les Terres de Gonesse ! (Gonesse). De dimanche à mardi. Mobilisation nationale des sapeurs-pompiers (Paris). Trois jours d'action et campement au Champ de Mars. Mardi. Pour plus de services publics, plus de salaires (France). La CGT appelle à une « grande grève » dans la fonction publique.
5. On se laisse là ?
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