1. Nouvelle école

L’œuvre de Noara Quintana, « Evenings of Water » à la galerie Kadist (Paris 18e).
20/20. Suite d’une campagne de crowdfunding record – 4 634 968€ récoltés (!!) – le Shift Project de Jean-Marc Jancovici publie le premier volet de son Plan robuste pour l'économie française, soit les 20 chantiers « à lancer d’urgence pour réussir la transition énergétique » suivis d’une « analyse de robustesse » : des simulations de trajectoires liées aux choix « cruciaux » qui seront faits (ou non) lors du prochain quinquennat, et aux imprévus économiques ou géopolitiques. Une bible.
Homework. La Culture peut-elle aider à préserver la biodiversité et insuffler des solutions pour demain ? Telle est la question fil rouge – et plutôt originale – du programme VIF, tout juste lancé, et qui se donne comme objectifs d’aider les pros de la culture à 1/ limiter leurs impacts sur la biodiversité, 2/ intégrer le vivant dans leurs projets et organisations, et 3/ mettre en œuvre des « démarches régénératives ». Avec pour ce faire un calculateur, des guides et des formations. Au boulot.
Major Tom. La Fondation de l’Espace, présidée the-one-and-only Thomas Pesquet, vient de lancer le premier concours national de jeux vidéo « autour des enjeux spatiaux et environnementaux » : la Space Game Jam 99 « Objectif Terre ». Jusqu’au 19/04, étudiants, pros et passionnés sont invités à imaginer et coder des jeux explorant les liens entre l’espace et la Terre. « Parce que le futur de la Terre se construit aussi avec les gamers » assure le célèbre astronaute français. Remise des prix le 7/07.
C’est reparti pour Les Francos d’Esch/Alzette, du 12 au 14.06 au Luxembourg, qui annoncent d’un côté Feu! Chatterton, Miki, Niska et Helena, et de l’autre toujours ce soin à faire les choses bien : scéno éthique, alimentation locale, transports doux… Le tout dans un magnifique écrin de verdure. Notre Mathilde (inter)nationale en a même tiré ce reportage vidéo. On y retourne.
2. « Avec Planètes, je nous transforme en graine de pissenlit pour faire partie de la nature, et ne plus la voir comme un problème » – Momoko Seto
Comment penser et faire un cinéma d'aujourd'hui, à l'heure de la bascule écologique ? Un 7e art rompant avec l'image d’une « nature » exotique, toujours plus ou moins hostile, issue – sinon construite – par notre culture coloniale ? Réponses en images par Momoko Seto, réalisatrice du film Planètes, encore en salles pour quelques semaines.
À l'écran, trois graines de pissenlit, que notre science nomme akènes, volètent puis atterrissent sur un sol glacé. La première titube quand l'autre glisse et s'écroule. Une troisième tente de percer le sol pour s'enraciner là, sans succès. Elles repartent, jouent à se dépasser, prennent peur quand le vide se rapproche...
D'une scène d'amour (entre limaces) au tragique de la mort (d'une plante), en passant par l'inévitable scène d'action (de batraciens), la réalisatrice japonaise Momoko Seto déroule avec son dernier film, Planètes, une épopée onirique, quasi psychédélique, avec comme personnages principaux ces petits brins de vie.
Un challenge scénaristique qui se double d’un exploit technologique – filmer l’infiniment petit en mutation – qui fait de ce Planètes une surprise visuelle autant qu'une expérience à vivre. Celle d'une empathie ressentie pour le plus fragile des vivants, en prise avec les aléas d'une migration subie où la solidarité est la clé.
De quoi ré-ancrer l'humain au sol et à ses habitant·es oublié·es, et en miroir rappeler aux spectateur·ices leur vulnérabilité et leur fragilité, nichées sous les mirages techniques et les injonctions à la compétition.
Penses-tu ton travail artistique comme étant au service de cette sorte de révolution intellectuelle et philosophique, autour des écologies, qui s’exprime depuis une quinzaine d’années ?
Je vais en tout cas m'en inspirer. Comment doit-on raconter notre monde aujourd'hui ? Est-ce l’histoire d'une petite fille qui se perd dans la forêt et se fait manger par un loup ? Ou justement ne plus mettre en opposition l'humain, les vivants et le sol ? (…)
Ici, même des films comme Le Règne Animal, qui veut avoir un propos écologique, parle de la nature en opposition au monde humain. Pourtant, cela fait 15 ou 20 ans que la philosophie contemporaine dit que ce n'est pas ce qu'il faut faire. C’est pour cela que je veux nous transformer en graine de pissenlit. Pour faire partie de l'environnement, et ne plus avoir cette vision perturbée.
Ton film est un conte pop, onirique, voire surréaliste, qui raconte pourtant le réel. Quel effet souhaites-tu avoir sur le public par cette forme ?
Montre le réel comme de la science-fiction, c'est un peu plus excitant que comme un documentaire. Même pour moi. Nous sommes des êtres excitables. On adore voir des choses nouvelles, explorer. Je nous fais partir en exploration avec des éléments de tous les jours. C'est mon challenge.
Comment rendre beau quelque chose d'extrêmement moche. Comme les moisissures, les limaces, que l’on a tendance à repousser, à répugner. J'adore les rendre belles.
Le cinéma transforme le regard. On pense aussi à Elephant Man.
Exactement. L'art a cette force de transformer une pissotière en œuvre. On en revient à Marcel Duchamp. Cette force-là, c'est notre outil pour transformer le monde et les gens. Avec notre baguette magique, qui est notre regard pour essayer de le transfigurer.
Cela se confronte à un art qui magnifie ce qui est déjà considéré comme beau. Et qui renforce les dominations.
Oui, moi, je trouve cela ennuyeux. Il n'y a pas de challenge. C'est la dictature de l'esthétique que de considérer beau ce qui l’est déjà.
Ton film est aussi une histoire de migration. Pourquoi ce thème te touche particulièrement ?
Bien sûr, c'est un peu mon histoire. Je suis Japonaise, j'habite en France, j'étais aux États-Unis, je suis revenue. J'adore demander aux gens pourquoi ils habitent là. L'amour, le travail, le climat, la famille… Il y a mille raisons, toutes extrêmement subjectives. Pourquoi se dit-on un jour « c’est ici que je vais m'enraciner » ? Même au sein d'un même pays.

« Pour se déplacer et s’enraciner, il y a besoin de l'autre, de se relier. » - Momoko Seto
Toutes les plantes migrent, rien n’est endémique. Tout le monde est venu de quelque part. Les animaux aussi. Le philosophe Emanuele Coccia, dans un texte magnifique sur la migration des plantes, dit que si le vivant ne se déplace pas, il meurt. Se déplacer est extrêmement vital. C'est très fort. Pourquoi nous, humains, sommes-nous tant contre les migrations et pour les frontières ?
Les chercheurs en sciences humaines et sociales ont tous conclu que la migration a toujours été un facteur positif. Toujours. Un enrichissement du langage, de la culture, l’arrivée de main d’œuvre. Ça enrichit l'ADN, le savoir, la technique… La vision négative de certains politiciens est complètement à contresens de la nature. (…) Et tu ne peux pas migrer seul. Pour se déplacer et s’enraciner, il y a besoin de l'autre, de se relier.
Nous avons toute une histoire colonisatrice à déconstruire, où le colon se pense seul, détruisant son environnement, installant sa culture et ses mots dans une relation violente aux territoires et aux êtres qui y vivent. Cela passe donc aussi par contrecarrer le discours sur l'identité en prenant le parti de l'hybridité.
Edgar Morin en parle très bien dans sa pensée complexe. Plus les choses sont complexes, diverses, mélangées, plus c'est riche. Les colons qui imposent leur culture, jusqu'aux H&M, McDo, qui sont partout, cela devient de la monoculture. Et comme pour les sols, la monoculture détruit. (…)
Lire la suite de l’article sur piochemag.fr.
3. Tu viens au before ?

Après Paris et Marseille, Planet Parade poursuit sa préparation à Bordeaux avec ce nouveau Before Planet Parade en partenariat avec Vert le média, Music 4 Planet, Slowfest, Locomotiv et bien d’autres… Inscriptions ici.
À l’occasion du Jour de la Terre, les planètes s’alignent le temps d’une soirée gratuite et ouverte à toutes et tous, avec rencontres, ateliers, ecstatic dance, concerts et DJ set.
Bref, tout ce qu’il faut pour relier la communauté Planet Parade, celle du média Vert et la nouvelle scène engagée bordelaise, avant la grande fête collective de 2027.
Au programme :
Plongée dans les coulisses de la rédaction de Vert
Discussion libre « La fête pour nourrir l’élan de l’engagement » avec Aremacs, Slowfest, Music 4 Planet et la Communauté UP!
Talk détendu « Comment l'événementiel prolonge les combats de la presse indépendante » avec les rédacteur·ices en chef de Vert, Climax, Pioche! et Basta.
En vente sur place, une sélection des meilleures revues engagées par le kiosque de la presse indé Basta
Le tout suivi des concerts de Menni Jab et du DJ set de Kekette Blanchett.
Toutes les informations sur la soirée sont ici. À tout’ Bordeaux !
Une Planet Parade se prépare pour remettre la fête au cœur des mobilisations écologiques, et montrer une impatience massive que des mesures soient prises pour la planète et le futur de ses habitant·es. D’ici là, des « before » s’organisent partout en France pour construire l’événement autour de rencontres et de concerts d'artistes engagé·es. On s’y retrouve ?
4. Cols verts
OK, faire danser l’entreprenariat français n’est pas chose aisée. Et ce, même si celui-ci est déter’ sur la transition écologique. Alors le 2 avril dernier, pour programmer la partie artistique de l’événement Jour E de Bpifrance, au Parc Chanot à Marseille, on n’y est pas allé avec le dos de la cuiller.
Nous avions concocté un menu matin-midi-soir composé d’artistes 100% low tech (et 100% dansants) de la Cité phocéenne – parmi lesquels Bass Tong, Circular OctoPulse, Luah Marques, Didier la Rafale et bien sûr French 79. Le tout suivi d’un after Planet Parade x Climax de folie à La Mûrisserie, en plein cœur du Cours Ju, ambiancé par le collectif Trackass jusqu’à 2h. Nos cols blancs (et leurs transitions) s’en souviendront.
Entre deux pas de danse, nous retrouvions le fort engagé musicien Petit Biscuit sur la grande scène – vidéo ici, et interview à (re)lire sur Pioche! – posions quelques questions à Camélia Jordana en coulisses (entretien à venir). Et conduisions ce talk avec Isabelle Albertalli, directrice Climat chez Bpifrance, Maatea Stabile de Pikip Solar Speakers, et l’inénarrable Simon Henner, alias French 79. Oui, là c’était avant l’after.
5. Cosmovisions

« Calendário », par Aycoobo - à voir au Centre Frans Krajcberg (Paris 15e).
L’expo. À 18h30 ce jeudi soir a lieu le vernissage de l’expo « Passeurs » au centre d'art contemporain Art & Nature Frans Krajcberg (Paris 15e). Celle-ci réunit les œuvres d’artistes contemporains, autochtones d’Amazonie brésilienne et colombienne, et autant de regards sur la relation intime et collective qu’ils et elles entretiennent avec leur environnement – des gestes de la vie quotidienne aux symboliques temporelles. À voir jusqu’au 20 juin.
L’expo (bis). Dans la foulée a lieu samedi le vernissage de « The Plantation Plot » à la galerie Kadist (Paris 18e), expo dont les œuvres explorent « comment l’extraction coloniale, la migration et le travail continuent de façonner les réalités contemporaines, tout en proposant des imaginaires alternatifs de résistance à ces structures de pouvoir ». Un « récit des plantations » autant que des espaces sociaux, politiques et économiques réinvestis ici par le film, l’installation, la photo et autres mediums.
L’expo (ter). Enfin à Niort (79) s’ouvrent aujourd’hui les Rencontres de la jeune photographie internationale de la Villa Pérochon : 16 expositions dans des lieux patrimoniaux qui exprime chacune les enjeux sociétaux et environnementaux actuels. On y relève la rétrospective Troisième Nature du photographe Grégoire Eloy, invité d’honneur, ainsi que la résidence de 8 (jeunes) artistes – parmi lesquels les travaux ancrés dans la terre de Cloé Harent et Jonas Wibaux nous plaisent beaucoup.
6. Au revoir
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