1. L’ART DE DIRE NOUS

À l’image du feu d’antan, David Lazar propose avec l’œuvre « inference_commons » d’envisager l’IA comme un bien commun, dont nous devons prendre soin et en assumer ensemble la responsabilité. À voir au festival Maintenant (cf. plus bas).
Populaire toi-même. « Les classes au pouvoir s'en remettent au mensonge plus ouvertement qu'autrefois, et le mensonge lui-même a épaissi. Dire la vérité semble une tâche toujours plus urgente.
« Les souffrances se sont accrues et la masse de celles et ceux qui souffrent s'est accrue elle aussi. Il est donc logique de se tourner vers le peuple, et plus nécessaire que jamais de parler sa langue. (…)
« Quand nous disons que nous avons besoin d'un art de caractère populaire, nous voulons dire par là un art qui s'adresse aux larges masses, à la multitude opprimée par l'oligarchie, un art qui s'adresse aux peuples mêmes, à la masse de celles et ceux qui produisent, cette masse de gens qui a été si longtemps objet de la politique et doit devenir son sujet.
« Nous nous souvenons que ce peuple a été retenu en arrière, qu'il a été bloqué dans son plein développement par de puissantes institutions, que des conventions et des préjugés l'ont rabaissé de façon artificielle et violente et que la notion de populaire a été modelée pour signifier quelque chose d'anhistorique, de statique, de rétif à toute évolution.
« Avec cette notion-là de populaire, nous n'avons rien à faire, ou plutôt : nous devons la combattre. Quand les ouvriers ont eux-mêmes écrit et fait du théâtre, c'était toujours passionnant, très original, authentiquement populaire ; on y trouvait souvent une élégance étonnante, une force sans pareille, un regard intrépide sur la complexité sociale. (…)
« Qui n'est pas enfermé dans des préjugés formels sait que la vérité peut être tue de bien des façons, et il faut qu'elle soit dite de bien des façons. Il est à peine besoin d’en débattre : le but compte, pas les moyens. Le peuple le sait. »
Extraits de « L’injustice doit être combattue par tous les moyens, même les plus faibles » (1939), in Bertolt Brecht, Écrire contre le fascisme – Éditions Divergences, 2026.
Lire aussi Puiser dans l’œuvre de Bertolt Brecht pour affronter la récidive du fascisme, Mediapart, juin 2026.
Pendant ce temps, et alors que le grotesque JDD titrait « 60 milliards engloutis par les associations », la COFAC – 40 000 associations culturelles – sortait hier son 11e baromètre. Pas de surprise : financements stables ou en baisse, et coûts en hausse. On repense à notre échange en mai dernier avec Le Mouvement Associatif : « Un tissu associatif qui va mal fait le lit d’une bascule vers l’extrême droite ».
2. « La première limite au développement de l’IA sera le réchauffement climatique, on va avoir des conflits d’usage » – Magali Reghezza-Zitt
Depuis la parution, en mai dernier, de Bienvenue en 2055 : Dans un monde neutre en carbone, dans lequel la géographe Magali Reghezza-Zitt imagine une décarbonation réussie – électrification, alimentation, transports… – le contexte a un peu changé.
Car deux actualités, au moins, sont un écho direct à l’ouvrage de l’ex-membre du Haut Conseil pour le climat (de 2019 à 2023) : un été caniculaire et incendiaire, et la forte hausse du prix des énergies fossiles.
Ses préconisations n’en sont que plus convaincantes : TVA selon l’impact des produits, exonération d’IS et fonds mutualisés pour l’agriculture bio ou en transition, réorientation des aides et investissements du secteur fossile vers les renouvelables…
Un vrai livre-programme, avec des choix politiques et démocratiques. Ça tombe bien, le rendez-vous est en 2027.
Magali Reghezza-Zitt interviendra au Festival international de géographie 2026, organisé du 2 au 4 octobre à Saint-Dié-des-Vosges (88) – et dont Pioche! est partenaire – aux côtés des géographes Karen Sato et Arthur Guérin-Turcq, de la romancière Marie-Hélène Lafon, des philosophes Matthieu Duperrex et Joëlle Zask, et bien d'autres.
Quel regard portez-vous sur votre livre aujourd’hui ?
Magali Reghezza-Zitt : (…) Dès le début de l’été, la question est devenue, non de savoir si on allait décarboner, mais quand. Nous avons construit notre prospérité et notre pacte de sécurité géopolitique, alimentaire, sociale, économique, autour des énergies fossiles.
Or, l’augmentation continue du prix des énergies fossiles a des conséquences en chaîne sur l’alimentation, l’emploi, les transports, le budget des ménages, la trésorerie des entreprises, jusqu’au budget de l’État.
Elle produit un effet ciseau. Notre dépendance aux énergies fossiles est le premier frein à la transition, car on n’a plus les marges de manœuvre financières pour s’adapter.
« L’augmentation du prix des carburants a un effet ciseau : on n’a plus les marges de manœuvre financières pour s’adapter. »
Comment sortir de l’impasse ?
Ce cercle vicieux se produit dans un contexte géopolitique où nous n’avons ni la main sur la production fossile, ni sur la production d’énergie décarbonée – sur le nucléaire, oui, mais cela ne suffira pas – et pas non sur les chaînes de production des usages décarbonés.
C’est d’ailleurs la mauvaise interprétation de certains partis qui demandent un moratoire sur les renouvelables car l’on produirait trop d’énergie décarbonée. Ce sont les usages décarbonés qui ne progressent pas à assez vite : climatiseur, pompe à chaleur, haut fourneau électrique, équipements pour l’agriculture, l’industrie, les transports. Nous ne sommes pas en capacité de les produire sur le sol européen.
La réindustrialisation est donc l’une des premières conditions de la décarbonation du pays et de nos économies. Ceci pour ne pas dépendre de la Chine, qui fonde notamment sa stratégie de puissance sur ces équipements de décarbonation. Et pas seulement la voiture électrique.

L’augmentation actuelle des prix des énergies fossiles peut-elle accélérer la décarbonation ?
Cette année, nous verrons probablement un ralentissement des émissions de gaz à effet de serre. Comme au moment du Covid, le blocage du détroit d’Ormuz est absolument cataclysmique pour les pays d’Asie du Sud-Est, qui en dépendent beaucoup plus que l’Europe.
Cela a une conséquence sur leur activité économique, bien sûr, mais ils se sont aussi tournés vers la Chine pour décarboner de manière accélérée leur énergie et leur industrie. L’Europe y perd de très nombreux marchés et le peu de leadership qu’elle avait sur ces questions-là.
Cette baisse de l’activité économique affaiblit les capacités d’investissement, augmente la dette, réduit les marges de manœuvre, des ménages jusqu’à l’État et aux collectivités territoriales. Tout le monde est touché.
Donc, la décarbonation aura lieu. Soit parce que notre activité s’effondre, soit sous l’impulsion de nouvelles puissances qui construisent leur leadership sur des nouvelles technologies bas carbone, la Chine et l’Asie Pacifique en particulier.
Vous écrivez, page 81, que « l’effondrement du vivant, des écosystèmes et les services qu’ils nous rendent est aujourd’hui et de loin la plus grande menace pour la survie de l’humanité. »
Oui, et cela pose des questions immenses pour les investissements aujourd’hui très importants dans la robotique ou l’IA, des technologies qui restent dans un schéma de ressources illimitées, notamment d’eau et de sol.
« On a des solutions et à peu près 25 ans pour les déployer »
La première limite au développement de l’IA sera le réchauffement climatique, en raréfiant la ressource en eau et à cause des effets de la chaleur sur les réseaux. Les conflits d’usage sont inévitables. On va devoir prioriser. Boire, manger, ou utiliser l’IA pour des usages non essentiels (et ils sont nombreux). (…)
À l’adaptation au climat qui se réchauffe – moins d’eau et de sol – s’ajoute l’adaptation à la neutralité carbone : même avec davantage d’énergie décarbonée, il faut que les consommations individuelles baissent pour faire place à de nouveaux usages. C’est ça qui est compliqué à expliquer.
On ne peut plus du tout penser l’action politique et l’économie comme autrefois. La transition va se faire. Sera-t-elle choisie ou subie ? On a des solutions et à peu près 25 ans pour les déployer. En gardant à l’esprit les contraintes du changement climatique, ses conséquences sur nos marges de manœuvre, et la nouvelle situation géopolitique. (…)
Lire la suite de l’article sur piochemag.fr.
Retrouver tout le programme du Festival international de géographie 2026.
3. BOÎTE À OUT’S
4. EN TOUTES LETTRES

Les RIITM. Le RDV est dans une semaine à peine, et on ne saurait trop recommander de glaner votre place. Car si les Rencontres de l'Inclusion, de l'Innovation et des Transitions dans la musique (RIITM) du Centre national de la musique (CNM) – les 5-6 octobre à la Communale de Saint-Ouen – sont toujours très « pros de la Culture », l’affiche n’en est pas moins stimulante, bien au contraire.
Côté métier d’artiste, on repère notamment « Qui décide des transformations de la filière ? Le cas Eddy de Pretto », avec – oui oui – Eddy de Pretto ; « Comment pérenniser les carrières artistiques des femmes dans la musique ? » avec les musiciennes Julie Pietri et Naomi Greene.
Et du côté horizon du secteur, on note « Inclusion et écologie : à quand le second souffle ? », ou encore « Comment envisager les prochaines mutations de la filière musicale au regard des précédentes ? », discutés entre universitaires, conseillers, et travailleur·ses de la musique. Stimulant (bis). Encore ouvertes, les inscriptions sont juste ici.
La PEW. Mais avant cela, ce week-end, nous serons de passage à la Paris Electronic Week (PEW) – l’événement annuel des musiques électroniques, de Technopol-Techno Parade – pour, entre autres, animer deux tables rondes.
La première, ce soir 18h au TLM (!) : « Canicule, tempêtes, incendies... quel avenir pour les festivals d'été face à l'urgence climatique ? » avec les festivals Dub Camp et Les Siestes, Alexandra Bobes (France Festival) et Pauline Bourdon (Soliphilia UK). On discutera solutions.
Et la seconde, dimanche à 17h à Mains d’Œuvres : « Free-parties, ruralité et écologie : quelles convergences ? », avec la Confédération Paysanne, les Soulèvements de la terre, Sophie Mazas (avocate), et Tekno Antirep. On parlera alliances.

Également dans l’agenda…
Jusqu’au 11 octobre. Les Fourmilières, festival Antifasciste et Solidaire (Montpellier/Nîmes). 200+ événements par 100+ collectifs. No pasarán.
Aujourd’hui. Les Actes Bretagne 2026, du Collectif des festivals (Lorient). Annuelles de la culture en transition écologique et sociale. L’état de l’art.
Samedi et dimanche. Festival du livre et de la presse d'écologie (Paris). L’écologie se discute, se dispute et se raconte. Myriam Bahaffou, Alessandro Pignocchi…
Samedi et dimanche. 11e édition du Greener Festival (Lyon). Thématique cette année : l'information, avec Vert, Coop-Médias, Quota Climat… Familial, et utile.
Mardi et mercredi. Les Rencontres pour la Planète, de 1% pour la Planète (Paris). Financer la transition - 2,2M€ levés l’an dernier. Money talks.
Sans oublier les marches et manifs prévues ces prochains jours. Samedi. Stop Pesticides - Mobilisation internationale (Saint‑Pierre‑la‑Garenne, Eure). Samedi. Marche des fiertés (d’Italie à la Bastille, Paris). Paris is burning.
Enfin, les inscriptions sont ouvertes pour la 2e édition du Forum des initiatives responsables de la Culture en région Sud (Focus) du Cofees, où le secteur de la culture discuta des affres de la bataille culturelle actuelle, et comment faire pour ne pas s’y perdre. Programme complet (et riche) par ici. Réserver sa place juste là.
5. DIS-LE
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