Bonjour à toutes et tous, et bienvenue si vous rejoignez Pioche!
Retour de séminaire d’équipe à Montpellier. En est ressorti deux choses.
La fragilité des modèles de presse amène à ré-interroger régulièrement nos modes de faire – entre expérimentations et sauts périlleux avants. Une équipe déterminée à aligner valeurs et réalisations (surtout à l’heure de l’apéro, mais c’est une autre histoire).
Si ces élucubrations se confirment, prochaine cabriole pas piquée des hannetons en vue. Rendez-vous dans ces colonnes d’ici peu.
Entre temps, bonne lecture,
Et bonne Pioche!
Jean-Paul Deniaud, avec Samuel Chabre, Lucille Fontaine, Isma Le Dantec, Juliette Roques et Baptiste Thomasset
1. Prix spécial

Charlotte Le Bon est Niki de Saint Phalle dans « Niki », Prix spécial du jury Ecoprod 2024.
Bonne mer. Le tribunal international du droit de la mer – une instance (très) contraignante respectées par 169 pays – a rendu hier un avis consultatif estimant l’obligation des États de réduire leurs émissions afin de protéger la mer du changement climatique. Un « moment historique » pour les Etats insulaires derrière cette requête, qui devrait avoir une influence importante.
Ma zone. À Cannes, le Prix Écoprod du tournage écolo a été décernée à trois films français – Le roman de Jim des frères Larrieu, Maria de Jessica Palud et Niki de Céline Sallette – primés pour avoir été « produits de la manière la plus éco-responsable possible ». « La clé, c’est le localisme » explique à Vert Mathieu Thill, éco-référent pour Le Roman de Jim, et « dépiédestaliser les stars ». À bon entendeur...
Star hack'. Les activistes de l’écologie, des têtes d’affiche de festivals ? Pour le pionnier We Love Green – du 31/05-2/06, Paris 12e – toujours aux avant-postes de l’éco-prod et d’une puissance folle (93000 festivaliers en 2023), c’est le cas depuis 10 ans. Au line-up du Think Tank 2024 : Claire Nouvian, Camille Teste, Féris Barkat, Swann Périssé, Nicolas Meyrieux, Thomas Brail, Giedré, Aurélien Barrau, Nesrine Slaoui, Éric Lenoir… Elles sont là nos stars.
2. Dans les coulisses du Prix du roman d’écologie 2024, le choc des générations – Reportage
Le 14 mai dernier, le jury du Prix du roman d’écologie a annoncé le lauréat de l’année 2024. « Et vous passerez comme des vents fous », de Clara Arnaud, a remporté (presque) tous les suffrages. Mais non sans des débats denses – parfois houleux – au sein du jury, qui disent beaucoup des liens entre l’écologie et le romanesque. Récit in situ, par Lucille Fontaine.
(…) « Moi je bous en vous écoutant ! Quand même, les bifurqueur·euses, c’est ça qui saisit la jeunesse ! ». Lucile Schmid tempête. Pour la fondatrice du Prix du roman d’écologie, le succès du Humus de Gaspard Kœnig (L’Observatoire) témoigne d’une évolution majeure dans le milieu littéraire : « On n’avait jamais vu un roman comme ça depuis que le Prix existe ».
Au fondement du Prix du roman d’écologie, il y avait un esprit d’initiative. Une volonté de « chercher, au fond, si le roman d’écologie a une histoire » raconte Lucile Schmid. « Cela peut sembler évident aujourd’hui mais à l’époque, il y avait beaucoup de scepticisme », souligne-t-elle.
Le Prix lance sa première sélection en 2018. Six romans – dont un seul écrit par une femme – marqués par la disparition. Quand l’écologie imprègne l’intrigue romanesque, c’est alors sous le sceau de l’angoisse. Six éditions plus tard, les représentations liées à l’écologie sont nettement plus contrastées. Dans la sélection 2024, les six romans – dont un seul écrit par un homme – laissent place à l’apprentissage, à la vitalité, à l’émancipation. Au politique, aussi.
Feu, le vieux monde ?

Les six romans nommés au Prix de l’écologie 2024 ©Pioche! Magazine
La thématique trouve un écho dans l’accueil qui est fait à Feu le vieux monde de Sophie Vandeveugle (Denoël). À propos du premier roman de cette autrice de 25 ans, les avis divergent. D’un côté, les juré·es dont l’âge avoisine le sien – les étudiant·es. « La pensée écologique naît par le récit, l’encourager compte beaucoup pour nous » plaide Maxime Le Godec au nom de ses camarades. « Il est pauvre en monde, tranche l’un des autres jurés. C’est répétitif, mécanique ». (…)
Ce qui fait la beauté d’un monde de papier, ce que vise à récompenser un prix littéraire… De grands débats dans lesquels le texte de Sophie Vandeveugle (Denoël) se retrouve comme pris au piège. Alexis Jenni, écrivain et président du Prix du roman d’écologie, avertit : « Il y a des livres pour lesquels le plus intéressant est la discussion qu’ils font naître. »
Retour à la terre
En évoquant le roman de Clara Arnaud, Et vous passerez comme des vents fous, les membres du jury s’en rappellent des passages. Qui le vol liminal de l’ourson, qui les descriptions des paysages pyrénéens. Pierre Schoentjes, professeur à l’Université de Gand, qui assiste à la réunion à distance, ne tarit pas d’éloges. « J’ai une grande admiration pour ce livre, commence-t-il. L’autrice invente véritablement un style. »
Le roman, au moment du vote final, apparaît en tête des bulletins – en excellente position pour être définitivement choisi comme lauréat à l’issue de la deuxième réunion du jury, une semaine avant l’annonce officielle du 14 mai. Ce n’est pas Loïc Rosnarho qui s’en étonnera : « Quand on parle du roman d’écologie, c’est à celui-ci que je pense ». Non pas parce qu’il illustre le terme mais parce qu’il l’amène à se transformer. Ainsi le roman fait-il le récit de nos écologies.
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Retrouver la sélection du Prix du roman d’écologie.
Se procurer Et vous passerez comme des vents fous (Actes Sud).
3. On arrive en ville
48h chrono. Ce week-end, on fête les 48h de l’agriculture urbaine dans une trentaine de villes de France. Plus de 500 événements pour mieux découvrir les sols de nos métropoles, et tout ce que l’on peut y faire pousser. En région parisienne, direction le 9.3 et ses près de 50 lieux embarqués – par ex. Terre Terre (Aubervilliers) le 25, ou La Prairie du Canal (Bobigny) le 26 – pour tracer le sillon entre ateliers, tables rondes, spectacles, etc.
Bip bip. Dans la foulée, passez par Zone Sensible (93), la ferme urbaine plantée à Saint-Denis (lire notre reportage) le 25/05. L’asso à sa tête, le Parti Poétique, y fêtera ses 20 ans, et invite les copines art et écologie de COAL pour leurs 15 piges (lire notre interview), et l’Alimentation Générale – responsable du prix Mieux Manger au ciné – ses 10 ans. Autant dire qu’il va y avoir du (beau) monde, et que l’ensemble devrait être réjouissant.
Café philo. Autre option, rejoindre les lecteur·ices du Nouvel Obs pour ouvrir à l'Académie du climat un Week-end des possibles où penseur·ses, économistes, activistes et artistes sont invité·es à « réfléchir ensemble ». On y note le débat (classique) entre Jean-Baptiste Fressoz et François Gemenne sur « L’impossible transition ? » le 26, mais surtout les rencontres avec les philosophes Corine Pelluchon, Catherine Larrère et Cynthia Fleury. Punk.
À noter aussi le retour de La Magma ce 26/05, soit cette déambulation « artiviste » dans les rues de Paris, organisée par Le Bruit qui court, Minuit 12 et la Greenline Fondation – voir notre (belle) vidéo de la #1 ici. Le rappeur Lémofil, l’Orchestre du nouveau monde ou encore Planète Boum Boum sont annoncés. RDV 14h devant l’Académie du Climat.
4. Le temps des luttes

L’affiche de la résidence Strata x Les Arches citoyennes « Faire la ville » ©Simon Bodin-Joyeux.
Quelques créations et visages aux intersections de la culture et des écologies d’aujourd’hui. Sélection aux petits oignons par la rédaction.
L’expo. C’est au cœur de Paris, plus précisément au tiers lieu Les Arches Citoyennes, qu’aura ce soir lieu la restitution de la résidence « d’art contemporain et transition écologique » lors de laquelle l'artiste décolonial Seumboy Vrainom :€ – alias @histoirescrepues – et le duo d’archis et scénographes Poumtchak se sont immergés dans le thème « Faire la ville ». Révélation(s) à 18h, au 3 Place de l’Hôtel de Ville, Paris 4e.
Le podcast. Lorsqu’il ne réalise par d’articles ou de tables rondes pour Pioche!, notre émérite journaliste Samuel Chabre revient à ses premiers amours – référence à sa précédente série de vidéos Hyperliens – pour initier un podcast avec l’agence Sonique. Cela donne une rencontre avec Léna Lazare, porte-parole des Soulèvements de la Terre, pour une histoire intime intitulée « Le temps des luttes », et c’est (évidemment) vraiment bien.
La vidéo. Sur une musique de Rone, l’activiste Anne-Sophie Mouraud emmène Camille Etienne, Arthur Aubœuf (Team for the planet), Johan Reboul (Le Jeune Engagé), Little Gypsea et Adelaïde Charlier (Youth for Climate) à la rencontre des requins. L’occasion de rappeler que l’UE fournit jusqu'à 45% des ailerons retrouvés sur les marchés asiatiques, et d’appeler à participer à la consultation publique pour s’y opposer, à quelques semaines des élections.
5. Plaisir d’offrir
Vous avez un projet ou une annonce à faire paraître sur Pioche! ? Écrivez-nous à [email protected].
À Montpellier, L’Île des Possibles organise la Journée des Métiers de la Transition le 28/05 pour étudiant·es bifurqueur·ses et pros en reconversion afin de trouver (enfin) un job qui a du sens.
Le festival Bien l’Bourgeon organise sa 7e édition entre concerts (Flavia Coelho, Puppetmastaz, Le Peuple de l’herbe...) et ateliers autour de l’eau. Tout coule.
Ce soir à l’École des Arts Décos (Paris 5e), la Fondation Thalie invite l’artiste Anaïs Tondeur et l’anthropologue Marine Legrand à discuter biosphère et fluides corporels – lait, sang ou larmes – à partir d’une perspective écoféministe. Let’s go girls.
Enfin demain L'Augures Lab Scénogrrrraphie organise une journée pro gratuite sur l'éco-conditionnement des œuvres d'art au musée du quai Branly avec matinée d'exploration, tables rondes et ateliers.
6. Joie de recevoir
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