1. Retour de bâton

Un œil monumental est apparu dans un champ près de Toulouse. ©Farming Photographs / Almudena Romero
Mais quand. « Cet épisode de chaleur est un événement sans précédent, millénaire », prévient le climatologue Christophe Cassou dans Le Monde. « Aujourd’hui, il n’y a pas une vague de chaleur qui n’ait pas été favorisée ou amplifiée par le carbone qui s’accumule dans l’atmosphère. La question n’est plus de savoir si l’on va dépasser les 50 °C en France, mais quand. »
Impostures. Le co-auteur du 6e rapport du GIEC poursuit : « Je me sens en colère, démuni et las, de répéter les mêmes faits scientifiques et de constater que les mesures qui nous protégeraient face à l’insécurité sanitaire, alimentaire et économique croissante induite par ces événements extrêmes, sont abandonnées ou emportées par des postures populistes ».
Sapologie. Et de regretter « des plans plutôt clairs mais une mise en œuvre défaillante et irréaliste : les objectifs ne sont pas assortis de moyens financiers adéquats », le projet de loi d’urgence agricole « qui favorise l’élevage intensif et veut garantir l’accès à l’eau pour une minorité d’exploitants en agriculture intensive » ou encore « la sape » de l’Ademe, « qui aide à être plus résilients et à limiter les émissions ».
Soit dit en passant, un œil humain monumental (cf. photo de Une) est apparu près de Toulouse. C’est l’œuvre de l’artiste britannico-espagnole Almudena Romero qui a joué avec le blé, les graminées d’hiver, la photosynthèse et les variations chromatiques pour réaliser cette prouesse : avec un hiver exceptionnellement pluvieux, le champ a été inondé et le projet a failli échouer.
2. Camélia Jordana : « M’engager sur le terrain, ça me permet de me sentir moins impuissante dans ce monde si fou »
La rencontre fut brève. 10 minutes top chrono dans les coulisses de Jour E, l’événement organisé par Bpifrance à Marseille, en avril dernier. Un poil court pour évoquer l'entremêlement des 17 années de carrière de Camélia Jordana, 33 ans, avec son engagement féministe, anti-raciste et contre les violences policières.
Trop bref aussi pour revenir sur sa manière à elle « de transformer une injustice, quelque chose de laid, en une création artistique, une forme gracieuse » comme elle le dit ailleurs. Ou encore sur sa manière de laisser derrière elle les (nombreuses) polémiques suscitées par le bloc réactionnaire pour mieux mettre en lumière les assos « qui aident » comme SOS Méditerranée, la Fondation des femmes ou le Sidaction.
Alors nous sommes allés droit au but. Faut-il toujours aujourd’hui traduire avec des mots polis les combats antiracistes et sa propre expérience du racisme systémique pour être entendue du grand public ? Ne doit-on pas au contraire parler franchement, alors même que la parole se libère et que tant d’auteur·ices et penseur·ses – qu’elle lit – consolident ce discours ?
Est-ce difficile pour toi de faire cette sorte de traduction entre ce qui te traverse, peut-être une colère, et ce que tu te permets d’exprimer publiquement ?
Camélia Jordana : Pas tant que ça, parce que je me sens beaucoup moins en colère qu'à l'époque où j'ai fait mon troisième album, Lost, entre 2014 et 2018. J'étais vraiment très en colère. C'est le moment où, je trouve, le climat a vraiment basculé en France ; où la violence sociale s'est accentuée, et a commencé à se faire ressentir dans chaque couche de la société.
L'album Lost est hyper important aussi pour cette raison. C'était pour moi le moyen de la traduire en quelque chose. Bien sûr, aujourd’hui, ce ne sont pas les sujets qui me fâchent qui manquent. Mais depuis, mon rapport à la colère a vraiment changé. J'ai le sentiment que les artistes ont un pouvoir magique.
« C'est très important d'adapter la manière qu'on a d'offrir son discours en fonction de l'audience. Sinon, ça ne passe pas. »
C’est-à-dire ?
La musique, qui est quand même quelque chose d'invisible, c'est un lien que je trouve très singulier. Nous donnons rendez-vous à des personnes qui ne se connaissent pas, et qui ont comme seul point commun d’aimer la même musique. Que l’on puisse utiliser ce lien et ces moments pour émouvoir et se raconter des choses, c'est un pouvoir extraordinaire.
Tu cites des penseur·ses féministes, anti-racistes et décoloniaux·les comme bell hooks, Frantz Fanon, Fatima Ouassak, Louisa Yousfi… Ne devrait-on pas y aller plus fort sur ces sujets sur les plateaux de télévision ?
J'ai grandi devant des caméras, des micros. Donc pour moi, ça a toujours été normal d'être moi-même. J'ai juste appris que j'étais satisfaite lorsque j'arrivais vraiment à passer le message que je voulais plutôt que d'être seulement spontanée.
« Être sur le terrain, se sentir au bon endroit, ça donne du sens. Ça apaise. »
Je ne peux pas parler sur un plateau devant des millions de téléspectateurs comme je parle à mes potes dans mon salon. Je peux dire exactement la même chose, mais il y a une manière de le dire pour que l'on comprenne exactement ce que je veux dire moi. C'est ça la nuance.
C'est très important d'adapter, non pas son discours, mais la manière qu'on a de l'offrir en fonction de l'audience. Sinon, ça ne passe pas.
Lorsque tu prends la parole sur ces sujets, penses-tu « aux jeunes filles aux cheveux frisés » comme tu dis, aux militant·es que tu connais, aux personnes qui ne connaissent pas encore ces sujets ?
Je pense surtout à ce que je ressens. Je ne pense pas à telle ou telle victime sociale. Ça, ça m'habite tout le temps. Quand j'écris, que je compose, j'essaye d'être à l'endroit juste qui traduira au mieux l'émotion que j'ai quand je suis au contact d'acteurs du terrain, de victimes. Je suis plutôt dans quelque chose d'artisanal et de fabrication.
Qu'est-ce qui se passe au fond de toi lorsque tu es sur le terrain ou dans des manifestations, auprès de personnes concernées ?
Je me sens un peu moins impuissante. Je trouve que cela donne du sens aux choses. Et autant dans le fait d’être en manif qu'au concert de Rosalia, que quand je vais chanter pour une cause où en étant ici maintenant. Pour moi, c'est un ensemble. Oui, ça donne du sens, juste de se sentir au bon endroit. Ça apaise.
Comme quand j'écris ou quand je joue, à la fin, la seule chose qui compte, dans le fait de créer, c’est d'être en lien avec les gens avec qui on crée, avec qui on communique, on pense, on se déplace, avec qui on s'interroge.
Ça me permet de ne pas me sentir figée dans la crasse du monde. Ça me permet de me sentir en mouvement et d'être moins seule, moins impuissante. Ça me permet de traverser ce monde et cette époque si fous.
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Et aussi sur Carenews, en collaboration avec Diffuz, by Macif.
3. Bouillant
Bouillant. Ce samedi, La Magma – Minuit 12 + Le Bruit Qui Court – revient pour une déambulation festive et artistique qui va « transformer les rues de Paris en scène vivante », cette fois autour du mot d’ordre « faire corps », afin de « dessiner ensemble les contours de futurs souhaitables ». La fête se lance entre le Parc de Belleville et l’Académie du Climat de 14h à 19h.
En forme. Quelques jours après le démontage de son expo événement « Vivre Ensemble » place de la Concorde, la Fondation Good Planet inaugure la 4e édition de son festival Résonances, ces 30 et 31.05, et met au programme DJ sets et concerts, ateliers et exposition, et du théâtre d’impromptues proposé par… Le Bruit qui Court (en forme).
Mythos. En Arles ce week-end se réunissent chercheur·euses, artistes et penseur·euses pour le symposium Histoire environnementale 5. Au cours d’une série de conférences, discussions, projections et performances – Nastassja Martin, Christelle Oyiri, Wilfried N’Sondé, Norman Ajari… – il sera question de nos mythes modernes er de la manière dont ils façonnent notre histoire environnementale.s. Au centre d’art Luma.
L’alter Cannes. Le tapis rouge reste en place jusqu’à dimanche à Cannes pour le Festival International du Film Ecologique et Social (FIFES), son Village des Initiatives, et sa sélection de (beaux) films. En ouverture, le film Yanuni raconte l’histoire de Juma Xipaia, cheffe autochtone d’Amazonie et son combat face à la déforestation et aux pressions politiques qui menacent les terres de son peuple.
De leur côté, les pros de la musique ont RDV aux Rencontres professionnelles de Norma pour creuser quelques solutions face aux enjeux de la filière. On y trouve entre autres une rencontre autour des contraintes climatiques, une autre sur le numérique responsable, un test des véhicules légers Vélis…
4. Passé chez Pioche!
5. Sorties de secours
Le livre. Reporterre et La Volte co-publient Lucioles, un recueil de 15 fictions écologiques, un recueil de 15 fictions écologiques signées notamment par Wendy Delorme, Hélène Laurain, Corinne Morel Darleux, Juliette Rousseau ou Stéphane Servant.
Le livre (bis). Destiné aux personnes intéressées par l’édition, les livres et ce qui s’invente dans les marges pour réinventer un secteur face à la dissonance entre la course au nombre à la vitesse et les injonctions à la sobriété, Ceci n’est pas un livre vert, de l’éco-conseillère du secteur Fanny Valembois est un must-have.
Le film. « Le plus déchirant a été de voir à quel point ils ont été brisés et n’ont eu de cesse de se remettre en cause et de se demander ce qu’ils auraient pu faire différemment pour aboutir à un autre résultat. » En Suède, Helena Molin a filmé pendant 7 ans Greta Thunberg et une douzaine d’adolescents militants pour le climat pour réaliser Strejkarna. Un docu « oscillant entre l’espoir et l’accablement, sur fond de backlash écologique » encensé par la critique.
6. On l’a lu
7. Belle journée
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