1. VOS PAPIERS
Le Monde - 27.10. Journalistes brutalisés au congrès du RN : la presse doit pouvoir travailler librement, alertent 44 sociétés de journalistes. Les 24 et 25 octobre, des journalistes de Mediapart et de Politis ont été molestés par le service d’ordre et des militants du parti. La presse doit pouvoir couvrir librement les meetings politiques.
Bon Pote - 27.10. Comment Lula a gagné l’élection présidentielle (et comment la gauche peut s’en inspirer). La recette selon Bon Pote : « ne répondez plus sous les publications d’extrême droite. Bloquez-les, ne partagez jamais directement leurs vidéos, même pour s’en moquer ». Et imposez les sujets à faire émerger dans le débat public.
Mediapart - 25.10. Avant l’attentat de Trappes, deux mois de haine médiatique en continu. Si les chaînes d’info contestent toute responsabilité, les propos racistes ou islamophobes sont massifs, notamment depuis septembre. Mediapart les a recensés.
Vert - 24.10. « Ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal » : les effets des gaz lacrymogènes sur la santé des femmes largement ignorés. Douleurs utérines, saignements inhabituels, contractions… Depuis les manifestations du 17 octobre, des milliers de femmes rapportent des symptômes gynécologiques après une exposition au gaz lacrymogène.
Le Monde - 24.10. Fabien Truong, sociologue : « La mobilisation du 17 octobre a montré la grande fragmentation des jeunesses dans les quartiers populaires ». « Plus qu’une dimension révolutionnaire, cela en dit plus sur la violence du monde capitaliste qui sépare le monde entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien mais qui voudraient avoir. »
Mediapart - 18.10. Robert Guédiguian : « C’est positif d’appeler à voter contre le RN, mais il faut que la bataille culturelle se passe aussi dans les œuvres ». Son nouveau film, « Une femme aujourd’hui », tisse à l’écran combats féministes et mémoires de la colonisation algérienne. Le cinéaste revient sur son combat contre l’extrême droite par le cinéma.
2. Relations inter-espèces, sein dénudé, fornications divines : à Paris, l’expo « Jardin d’amour » célèbre l’érotisme écologique
« Et si l’on faisait passer en second le sapiens, c'est à dire l’être qui sait, ou qui pense savoir, pour donner la priorité à l’être amorosus ? » s’interroge Guillaume Logé. « L’amoureux est humble, à l'écoute de l'autre, qu'il cherche à comprendre pour en prendre soin. »
Le philosophe et historien est assis sur un banc, à l’entrée de la galerie Jeanne Bucher Jaeger, dans le Marais. Devant lui sont accrochées des œuvres qu’il a réunies avec l’équipe de la galerie. Il les a choisies parce qu’elles nous parlent d’amour autrement que ne le fait la société de consommation. Récit de François Mauger.
« En fait, dans la posture amoureuse, il y a une posture écologique » explique Guillaume Logé, commissaire de l’exposition « Jardin d’Amour », avant de poursuivre. « Cette intuition, on la retrouve dans l’art de toutes les époques, de toutes les cultures ». Son travail pour la galerie Jeanne Bucher Jaeger (Paris 3e) propose de cheminer d’une œuvre à l’autre, à travers le temps et l’espace, à la recherche de ce qu’il appelle « l’Eros primordial », la force amoureuse qui est avant tout une force de vie.
De là où il se tient, il suffit à Guillaume Logé de tourner la tête vers la gauche pour apercevoir les premiers panneaux d’une œuvre gigantesque de Yang Jiechang, à laquelle une salle entière est réservée. Il s’agit de dix grands panneaux de soie sur lesquels sont peints des paysages peuplés d’animaux. Un kangourou y pénètre ce qui ressemble à une tigresse, un rhinocéros tente de chevaucher une vache mais est retenu en arrière par un panda, un cheval assis y embrasse une femme…
« C'est presque un manifeste de l’idée de « Jardin d'amour », même si cette œuvre a de très nombreux degrés de lecture » commente le docteur en esthétique. (…)
« Il y a dans cette œuvre une dimension anarchiste, que je relie au courant anarchiste du dix-neuvième siècle » ajoute Guillaume Logé. « Ses penseurs proposaient une organisation de la société qui refléterait l'organisation de la nature. Au dix-neuvième siècle, une partie du courant anarchiste s’appuyait en effet sur les travaux des naturalistes de l'époque qui voyaient dans la nature un grand espace de coopération et d’entraide, plus qu’un lieu de compétition. Ce courant souhaitait une société qui en soit la réplique, c’est-à-dire qui repose sur l'association libre, la solidarité ou encore le refus de rapports de domination. »
« Rien n’est ici par hasard »
Dans les autres salles de la grande galerie de la rue de Saintonge, les œuvres semblent toutes vibrer sous l’effet de la même force ancestrale, même les plus récentes. Prise en 2020, une photo du Chinois Lin Zhipeng montre une femme dévoilant un sein nu à travers une robe déchirée. Elle a les yeux fermés. Au premier plan, d’immenses fleurs rouges viennent lécher son visage et sa main. Rêve-t-elle ? Quelles relations entretient-elle avec ces plantes et quels désirs la traversent dans ce jardin nocturne ? (…).
« Rien n’est ici par hasard » assure Guillaume Logé. « Dans ce « jardin », je souhaite qu’on prenne les œuvres pour ce qu’elles sont, même si on ne connaît pas leur origine. Je revendique un effet de présence de l'objet. »
« Si vous prenez par exemple cette magnifique sculpture de Shiva et Parvati, vous avez un couple dans une position érotique qui ne cesse de se disputer et de se réconcilier. Il incarne le cycle permanent création / destruction. Mais il faut aussi s’arrêter sur la grâce et la douceur de cet objet : la taille de la pierre est très fine, tout est en courbes. C’est un objet très apaisant, très harmonieux, qui incarne une sorte de complétude. Tout cela est au-delà de l’explication, il suffit d’un regard sensible pour le percevoir. » (…).
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3. (DISTINGUER) LE CORPS DU BIEN
« Notre intention n'est pas de prendre pour cible les corps et les personnes. Nos objectifs sont matériels. Simplement, nous prenons acte que dans une lutte il y a des moments du rapport de force où il faut savoir passer à travers une ligne de gendarmes et tenir une barricade. Lutter en excluant par principe la possibilité même de l'affrontement, c'est abdiquer par avance.
« En cela, pour les franges les moins idéologiques de la « désobéissance civile non violente », nos actions sont « non violentes », bien que nous récusions cette catégorisation. Les groupes écolos qui tiennent cette ligne font nettement la distinction entre les biens et les personnes. Ils ne condamnent pas les Soulèvements de la terre. Ils incluent la casse et le désarmement dans leur répertoire d'action.
« Ils ne pensent pas que « les biens sont aussi importants que les personnes » comme l'a affirmé Gérald Darmanin devant une commission d'enquête parlementaire. Cette déclaration brutale à propos du 25 mars à Sainte-Soline met au jour une vérité crue. Le fétichisme de la marchandise et la sacralisation de la propriété privée ne sont rien d'autre qu'une chosification des corps et des vies. »
« À l'inverse des polices et du maintien de l'ordre dans ce monde, nous ne sommes pas animé·es du désir de contrôler et de soumettre les corps. Que le ministère délivre aux forces de l’ordre un permis de tuer et de mutiler pour défendre un chantier est la conséquence logique de cette anti-éthique du capitalisme. »
Extrait de Premières secousses, livre du collectif Les Soulèvements de la terre, paru le 19 avril 2024 aux éditions La Fabrique, p.138.

Fatima Ouassak et Alice Coffin actuellement sur les routes pour présenter leur pamphlet Le Camp du bien (ci-dessous)
Quelques essais sortis dernièrement…
Guillaume Pitron, Océans. Le nouveau partage du monde (Les Liens qui libèrent, 14.10). « Énergie renouvelable, minerais et métaux, ressources génétiques, algues alimentaires, gaz et pétrole… »
Claire Nouvian, Baptiste Morizot et Daniel Pauly, Reprendre la mer (Les Liens qui libèrent, 7.10). « Peut-on encore qualifier de pêche l’activité des flottes méga-industrielles ? Ce livre entend la désarmer. »
Ilian Moundib, Les 10 sécurités sociales et climatiques de demain (Tana éditions, 1.10). « Ce livre actualise votre carte vitale. »
Fatima Ouassak & Alice Coffin, Le Camp du bien (Les Liens qui libèrent, 23.09). Activistes et autrices antiracistes et féministes, elles s’appuient sur leurs luttes politiques et des dizaines d’entretiens pour préparer 2027.
Mathias Rollot, Cartographier l’irréparable - Désarmorcer les bombes carbone (Actes Sud, 16.10). Cible les projets dévastateurs à abandonner et en articulant savoir et pouvoir, ici et maintenant.
Aymeric de Kerimel & Christophe de Hody, Apprendre à cueillir les plantes sauvages (Le Chemin de la Nature, 18.09). « Pour apprendre à observer, raisonner, reconnaître, identifier certains risques et progresser. »
Guillaume Faburel, Où habiter ? (Tana, 10.09). « Faut-il tous partir à la campagne planter ses propres légumes ? »
Léa Laval, Benjamin Roux et Louis Staritzky, Une autre histoire de l'éducation populaire (Éditions du Commun, 4.09). « Quelle éduc’ pop’ traverse l’autonomie ouvrière, les luttes décoloniales, les mouvements féministes et écologistes ? »
Jacques Rancière, Aisthesis - Scènes du régime esthétique de l'art (La Fabrique, 4.09). « Comment la modernité esthétique tend à brouiller les frontières qui séparaient les arts et les tenaient à l’écart de l’expérience ordinaire. »
Sélection de romans graphiques et bandes dessinées en préparation pour la prochaine missive…
4. FORCE FOCUS

Mars attaque. Le forum Focus revient à Marseille. Une énième journée sur la transition écologique des événements culturels ? Détrompez-vous. Plutôt une extension concrète de la responsabilité et du sens de nos événements, à l’heure des tensions politiques, économiques et d’un certain renversement des valeurs.
Écologie, genre, géopolitique… Ces sujets sur lesquels la culture exposent de plus en plus les équipes, les artistes et les structures à de vives tensions en interne ou en externe. Cette 2e édition de Focus, organisée par le Cofees le 19 novembre prochain en fera son fil rouge : « nos événements peuvent-ils encore être festifs et responsables ? » En guise d’avant-goût, nous avons invité certain·es intervenan·tes – travailleur·ses de la culture ou du sport, expert·es ou universitaires – à y répondre par un mot-clé.
La grimpeuse Nolwen Berthier, qui articule sport et écologie en questionnant l’idée même de compétition, a choisi le mot « REFUGE ».
« Parce que dans un refuge, on se met à l’abri des tempêtes, mais aussi du monde et de ses injonctions. On s’y reconnecte à l’essentiel et l’on retrouve une forme d’humilité face à la vie sauvage. On y trouve du réconfort et de la joie. On y reprend des forces. On y rencontre des personnes que l’on n’aurait jamais croisées ailleurs, mais avec qui l’on partage des valeurs et des vulnérabilités. Ensemble, on peut alors réinventer le monde et expérimenter d’autres manières de faire collectif, le temps d'un repas, d'une expédition, … ou bien au-delà, si on le souhaite ! »
Retrouver toutes les infos, les intervenant·es et le programme complet du Focus sur le site de l’événement.
5. KICK IT
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