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1. Gogo Budget

« Social Consequences V: The Harvest 2022 » d’Otobong Nkang, Collection Wim Waumans.

Soit dit en passant. Passée sous les radars, cette étude de l’Ifop pour Engie ressort enfin, et à raison tant ses résultats sont contre-intuitifs : 84% des 12 000 répondant·es (!) ont une image positive des énergies renouvelables, dont 77% des partisan·es du Rassemblement national – à rebours de leurs élu·es. Ça monte à 94% chez les riverains d’installations, et même 95% quand ces derniers sont impliqués dans la décision d'installation. Il est encore temps de modifier votre programme pour les Municipales.

Craquage. « Ça ne tient plus ! » Quoi donc ? La situation financière de nos associations, leurs 20M de bénévoles et 1,8M de salarié·es, et donc leur travail de soin, de lien – et souvent de service public – auprès de leurs 67M de bénéficiaires. C’est ce que vont scander demain 11.10, place Stalingrad à Paris, un grand nombre d’acteurs associatifs, réunis sous cette même bannière. En cause : une baisse de 41% de la part des subventions dans le budget des assos en 15 ans. Quand même.

Joe le taxé. Si une majorité festivals renforcent leur transition écologique, c’est dans un contexte toujours plus fragile : 48% en déficit en 2024, et jusqu’à 2/3 des festivals indés ayant remplis à plus de 90%, et des subventions en baisse en 2025. Face aux inégalités entre structures (et projets culturels ?), les professionnels demandent « unanimement » une meilleure redistribution via le déplafonnement d’une taxe gérée par CNM… dont l’excédent alimente le budget de l’État. À suivre.

2. « La création doit continuer de s’ouvrir au monde sans lui nuire » – Sébastien Guèze

Sébastien Guèze, ténor de haut vol et lauréat des Victoires de la musique, a un rêve : faire de l’opéra un art aussi vert que virtuose. Avec son essai BIOpéra, il imagine une scène lyrique divisant par cinq ses émissions de CO₂, entre utopie écologique et réinvention radicale, quand La Bohème 2050, son spectacle-manifeste, prouve que la culture peut être un acte de résistance.

Point d’étape au cours d’une des tables rondes des RITM 2025 du Centre national de la Musique (CNM), en mai dernier, et modérée par Antoine Dabrowski, rédacteur en chef de Tsugi Radio.

Antoine Dabrowski : Le parcours d’un chanteur lyrique ténor peut être jalonné de représentations sur des scènes toujours grandes aux quatre coins de la planète. Quel a été le moment « déclic » ?

Sébastien Guèze : Le vrai déclic a eu lieu en 2019, lorsque je suis allé chanter un Werther (opéra de Jules Massenet, 1892, ndlr.) à La Fenice, à Venise. L’opéra débute avec cette phrase de Werther : « Je ne sais si je veille ou si je rêve encore ». C’est une ode à la nature. Quand je suis reparti, comme j’étais venu, en avion, avait lieu une période d’aqua altas, un cafetier écopait les vagues qui rentraient dans son café à chaque passage de vaporetto.

Sébastien Guèze, sur la scène de l'Opera North ©Sébastien Guèze

(…) La dissonance cognitive était devenue trop grande entre ce que je véhiculais sur scène et mes pratiques en coulisses. Quel était le sens de tout ça ? (…) L’opéra a cette particularité de vouloir rayonner largement. Généralement, et pour le dire de manière caricaturale, les chanteurs américains viennent chanter en Europe et nous, chanteurs français, on va chanter Roméo aux États-Unis.

Comme le plus important est d’être cohérent, j’ai essayé de l’être à mon niveau. Mes tournées décarbonées ont donc eu un impact sur mes revenus, parce que je jouais beaucoup à l’international. Lorsque j’ai aligné mes impacts sur les accords de Paris à hauteur de 80%, avec des mobilités ferroviaires ou douces, j’ai perdu 20% de mes revenus. Lorsque j’ai voulu être 100% décarboné, là, j’ai quasiment perdu la moitié de mes revenus.

Avec votre film La Bohème 2050, nous sommes là à plus 50°C, dans les jardins du château de Versailles. Pourquoi l’œuvre de Giacomo Puccini se prêtait si bien à ce premier BIOpéra comme test grandeur nature ?

Après une intervention lors du festival Atmosphères, à Courbevoie, un producteur m’a demandé comment on pourrait adopter le BIOpéra pour un programme de France Télévisions. La Bohème de Puccini est venue assez naturellement.

On est en 2050, face au réchauffement climatique, et au lieu de mourir de froid, comme dans l’œuvre originale, on meurt de chaud. Et les quatre étudiants bohémiens de l’histoire, un peu maudits, qui se rebellent il y a 100 ans, comment pourraient-ils vivre dans le futur ? Il y a ce squat dans les jardins de Versailles, avec une sorte de G20 qui se réunit avec une IA censée sauver le monde.

Et bien sûr, ce BIOpéra est une preuve de concept au sens où ce programme est éco-conçu. Tout ce que vous voyez, c’est issu de prêts de costumes de couturier, ou du recyclage, du surcyclage, de la location. L’objectif est vraiment de prélever le moins possible, et de montrer que l’on peut faire un beau programme, un bel objet, un bel opéra, une esthétique positive, et continuer de s’ouvrir au monde sans lui nuire.

Ce programme est décarboné à environ 80%, donc aligné sur les accords de Paris avec 25 ans d’avance. (…)

Vous revendiquez le terme d’« artiviste », pourquoi ?

La musique, et c’est aussi le cas pour la peinture, a ses périodes : le baroque, le classique, le romantisme, etc. Je me suis souvent posé la question, en tant qu’artiste aujourd’hui, comment on allait nommer cette période. Pour moi, la création doit continuer de s’ouvrir au monde sans lui nuire ; et comment, à travers la contrainte, naît la créativité ?

Sur scène, plus il y a de contraintes, plus vous êtes créatif. Et c’est très important d’avoir sur scène une responsabilité dans le discours, les nouveaux récits, mais de l’avoir aussi en coulisses. (…)

Je dis donc « artiviste » pour souligner que les artistes, à partir des années 2000 et jusqu’en 2050, finalement, s’inscrivent dans une forme de transition pour créer de manière plus respectueuse à partir des enjeux contemporains : écologiques et de pair avec les enjeux sociaux. Pour moi, les deux sont extrêmement liés.

Quel est l’impact social de la précarisation des artistes, que permettent des économies circulaires, comment on repense les subventions ? Pour moi, être « artiviste », c’est se poser ces questions à 360°. Et peut-être le courant artistique qui naîtra de cette période sera un courant « d’artivistes », où on aura créé autrement et en cohérence avec les ressources planétaires. (…)

Creuser le rapport d’expérimentation Décarboner l’opéra, 50 pages d’analyse de la démarche du projet La Bohème 2050 jusqu’au film pour réduire les impacts de l’opéra.

Réécouter cette rencontre ainsi que les autres temps des Rencontres de l’innovation et des transitions dans la musique (RITM) du CNM, organisées le 14 mai 2025 à l’auditorium de l’Opéra National de Bordeaux.

3. Carnet de liaisons

Tapis. Immanquable si vous êtes Parisien·nes ce week-end, votre passage par Courbevoie pour le 15e Festival Atmosphères, qui tient à nouveau son pari de réunir, autour de projections de docus et fictions écolos, le « gratin » des figures du champ : citons ici Heïdi Sevestre, Christian Clot, Jean-Pierre Goux, Anne-Sophie Novel, Fabrice Bonnifet et bien d’autres… Force aux copaines de Planet Parade pour leur première présentation publique samedi à 12h30, avant la projo de La Bohème 2050 à 17h.

2027. L’écologie politique se donne RDV aux 3e Rencontres de Cluny, sous-titrées « penser l’écologie ». Cécile Duflot, Patrick Boucheron, Najat Vallaud Belkacem, Dominique Voynet, Éric Piolle, Delphine Batho, Cédric Villani, Grégory Doucet, Marine Tondelier ou Clémentine Autain y échangeront avec philosophes, chercheurs ou experts : Malcolm Ferdinand, Catherine Larrère, Céline Marty, Olivier Hamant, Erwan Lecoeur, Samuel Aubin, Julia Faure… Un vrai gouvernement en puissance.

Touché. Fan des Climat Libé Tour ? Suuite de la tournée à Marseille ces 10 et 11.10, avec deux temps qui nous semblent prendre le sujet par le bon bout : « Classes populaires : comment rendre l’écologie enfin accessible ? » notamment abordé par la neuroscientifique Samah Karaki (notre interview), suivi de « Comment faire entendre sa voix ? » avec entre autres Achraf Manar et Mathilde Caillard alias MC danse pour le clima (l’interview ici).

BDX. Les copaines d’Aremacs organisent lundi 13.10 à Bordeaux les 10e Journées de l’événementiel écoresponsables (JEER), notamment des secteurs culturel et sportif, au travers de table ronde et ateliers. Programme et inscriptions ici.

NMD. Pendant ce temps, en Normandie (NMD ?) ont lieu les 9e Rencontres Armodo (pour Arts à modes doux) avec discussions, ateliers mais aussi scènes ouvertes, et grand cabaret final ce samedi !

4. Gimme! Gimme! Gimme!

Tapisserie « Unearthed – Midnight » d’Otobong Nkanga, 2021 © Markus Tretter.

L’expo. « Je pense la Terre comme un être, comme notre corps » clame l’artiste pluridisciplinaire nigériane Otobong Nkanga, résidant et travaillant Anvers, explorant depuis les années 1990 les liens entre écologie, corps et territoire. Le Musée d’Art Moderne de Paris lui consacre une exposition monographique faisant pleine lumière sur son approche – en peintures, installations, tapisseries et performances – de l’exploitation des ressources et violences associées, mêlant mémoire et réparation.

La radio. Depuis le 15.09 et jusqu’au 15.11, l’historique antenne marseillaise Radio Grenouille dédie son antenne aux questions écologiques, sous le thème « écologie ou barbarie ». Au sein de ce foisonnant programme, un agenda des luttes écologistes, de la philo et du rire pour « démonter le greenwashing », des invité·es de haute volée (Camille Étienne, Célia Izoard…), du paysage sonore ou des temps de parole confiés à des étudiants. Bravo Grenouille !

Le film. Sorti ce mercredi, le documentaire Hors service fait parler six agents démissionnaire du service public : enseignant, juge, médecin hospitalier, facteur ou policier. « Je l’ai aimé mon métier, mais il m’a bouffé. » « C’est difficile de capituler. Jusqu’où tu te bats ? » Ce sont récits de sacrifices vains, des aveux de déception individuelle et de défaite collective. En ces temps de mesquines négociations budgétaires, le réalisateur Jean Boiron Lajous ne pouvait toucher plus juste.

5. Snacks

  • Ce 12.10 à Lyon, le festival écoféministe ÉcoFémina articule ateliers, tables rondes, village asso et expo autour du thème « Liberté, Inclusivité, Adelphité » pour souligner l'urgence d'une transition juste et inclusive.

  • C’est parti pour le 15e Libres en littératures : jusqu’au 28.11, 17 rencontres gratuites organisées dans les cafés-librairies de Bretagne, avec entre autres les Soulèvements de la terre ou Charles Stépanoff.

  • Ce 11.10 à Paris, le MAIF Social Club ouvre sa nouvelle exposition Voir la mer, à voir jusqu’au 25.07.2026.

  • Coup de cœur pour cet événement dans les Cévennes : La convergence des Loutres. Pour son nom, déjà, et pour ses trois jours de rencontres, animations et concerts dédiés à l’eau l’habitat et l’autonomie.

6. On s’appelle !

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